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Ici sont les dragons – Deuxième époque

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Sous-titré 1918-1933, Choc et mensonge, le deuxième volet de la fresque historique d’Ariane Mnouchkine donne à voir la montée inexorable des nationalismes durant l’entre-deux guerres. Un spectacle féerique et saisissant pour alerter sur les racines du mal toujours promptes à renaître de leurs cendres.

 

Venir à la Cartoucherie, c’est pénétrer dans un lieu à part avec ses rituels et ses habitudes. Cette fois-ci, on est donc accueilli par un comédien en costume – le nôtre semble être un soldat de l’armée rouge au vu de sa toque et de son manteau – qui nous invite à entrer nous réchauffer. Mais on doit d’abord se presser pour faire l’une des queues qui permettent de choisir sa place au tableau. Fidèle au poste, Ariane en personne est là pour accueillir et déchirer les tickets de chaque spectateur – un petit miracle qui se répète maintenant depuis soixante-cinq ans ! -. Cette étape franchie, il ne reste plus qu’à profiter de l’ambiance tamisée et animée, attablé autour d’un bortsch réconfortant. C’est qu’il faudra affronter plus de trois heures de spectacle et surtout ces dragons qui s’appellent Hitler, Staline ou Goebbels...

            

Une ombre qui gagne, chronique d’un basculement

 

Après un premier épisode éblouissant dédié à 1917 La Victoire était entre nos mains, on attendait avec impatience ce deuxième volet dédié aux années 1918-1933. Si l’effet de surprise s’estompe, on reste fasciné devant les événements de la grande histoire. Avec une vérité et une puissance évocatrice de toute beauté, une succession de tableaux font revivre des moments clés de cette nouvelle période. Une date projetée, quelques accessoires, des flocons de neige et de la brume, des éclairages dramatiques suffisent à nous transporter dans la datcha de Lénine mourant ou au siège tragique de Kronstadt. La part belle est faite à des discours authentiques comme celui de Léon Blum au congrès de Tours en 1920 où il prend ses distances avec la révolution communiste. Mais peu à peu, l’ombre gagne et des écrits politiques terrifiants sont donnés à voir et à entendre. Masqués, s’exprimant grâce à une voix-off en allemand, Hitler et Goebbels prononcent leurs vrais mensonges et leur propagande antisémite. Une monstruosité qui fait écho à celle indescriptible de Staline, rappelée à travers l’Holodomor et le recours massif au goulag. 

 

La mauvaiseté des méchants renforcée par la faiblesse des vertueux


Haine et peur sont ainsi à nouveau bien présents dans le monde. Heureusement, quelques esprits lucides et courageux s’élèvent face à la tyrannie et sont à l’origine des moments les plus bouleversants du spectacle. On songe à la venue de ce mystérieux visiteur ukrainien que la régisseuse Coralie n’a pas le temps d’écouter... Oublié et sacrifié, il réclame le droit de son peuple à exister à travers un splendide poème sur la liberté. Autre figure magistrale du bien, le personnage de Churchill est inoubliable. Phare dans la nuit, dans un océan de vents contraires, il paraît bien seul à se dresser contre la barbarie. Mais ses mots combatifs sont d’une actualité étonnante et résonnent à nos oreilles pour continuer à nous avertir. Car « la mauvaiseté des méchants se trouve renforcée par la faiblesse des vertueux ». Une leçon à méditer pour résister et empêcher la répétition d’un train sous la neige qui s’enfonce dans la Sibérie profonde... 

 

Emmanuelle Ziadé



Une création collective du Théâtre du Soleil en harmonie avec Hélène Cixous dirigée par Ariane Mnouchkine


Représentations

Deuxième Époque :

le mercredi et le jeudi à 19h30,

le dimanche à 14h.

Alternance Première et Deuxième Époque :

le vendredi à 19h30.

Intégrale :

le samedi à 14h sauf 2, 9 et 23 mai, deuxième époque.

Relâches exceptionnelles les 28, 29 avril et 1er mai.


Ici sont les dragons © V. Amanpour
Ici sont les dragons © V. Amanpour

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