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A notre place

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Au théâtre de la Colline, le metteur en scène Stéphane Braunschweig retrouve le dramaturge norvégien Arne Lygre. Cinquième spectacle issu d’un long compagnonnage entre les deux artistes, A notre place convoque trois femmes : Astrid, Eva et Sara réunies dans la maison d’Astrid. Une pièce sur l'amitié qui interroge plus largement les liens qui nous unissent aux autres


Elles sont trois, Astrid, la soixantaine, vive et enjouée (magistrale Clotilde Mollet), Eva, la quarantaine, une amie de longue date d’Astrid (Cécile Coustillac), qui a décidé de s’en éloigner pendant un temps et qui réapparaît. Enfin, Sara (Chloé Réjon), la cinquantaine, la nouvelle amie d’Astrid, rencontrée récemment à l’occasion d’une promenade. Trois femmes, trois âges et trois relations avec les hommes de leur vie qu’on ne verra jamais dans la pièce mais qui seront présents par l’interprétation que chacune en fera. Il y a le fils adulte d’Astrid, qui revient vivre chez sa mère après une rupture amoureuse douloureuse, le père d’Eva, que sa fille visite régulièrement à l'Ehpad et enfin le frère de Sara, figure centrale dans sa vie en raison de la disparition de leurs parents alors qu’ils étaient tous deux enfants. Ces rapports familiaux hors-champ viennent nourrir, resserrer mais aussi déséquilibrer et altérer les relations qu’entretiennent les trois femmes. 


Une amitié à l’épreuve de la solitude


Dans une langue simple et claire, Lygre exprime de manière très authentique les sentiments d’amitié entre les trois femmes, tout en faisant ressentir simultanément la complexité de leur relation. Astrid, Eva et Sara ont en commun un manque qu’elles cherchent à combler par leur affection réciproque, manque de sa mère qui vient de mourir pour Astrid, manque des parents trop tôt disparus pour Sara, manque de compagnon et d’enfants pour Eva

Paradoxalement, l’attachement que ces femmes affirment les unes pour les autres et la valeur qu’elles y accordent, n’empêchent pas leur volte-face. Dans le début de la pièce, Eva revient vers Astrid après une longue absence et c’est Astrid qui, dans la seconde partie, délaisse ses deux amies pour se consacrer entièrement à son fils. Un “je t’aime-moi-non-plus” qui crée la surprise à chaque réplique, renforcé par un texte qui entrelace et met au même niveau les pensées des personnages et ce qu’elles expriment à haute voix. Une plongée fascinante dans le psychisme des trois femmes qui gomme la frontière entre le réel et la fiction. Pour traduire matériellement ces rebondissements et ces montagnes russes émotionnelles, le décor composé d’un lit, d’un canapé et d’un piano d’un blanc immaculé posés sur un immense sol blanc, se rétrécit dans la deuxième partie. Il devient une boîte toujours aussi blanche, mais qui écrase les personnages jusqu’alors si libres sur le large espace du plateau. Cette représentation du petit sous-sol de la maison d’Astrid qu’elle habite désormais pour laisser le reste de sa maison à son fils, est-elle aussi une métaphore de l’étouffement qu’elle ressent auprès de ses amies ? 

Arne Lygre ne donne aucune réponse mais ausculte avec un immense talent et une précision clinique le mouvement de nos sentiments et des liens qui unissent et qui brident. Au fond, À notre place met à nu la fragilité de nos attachements qui nous construisent autant qu’ils nous contraignent. Fascinant.


Sybile Girault


Du mercredi au samedi à 20h, mardi à 19h


Texte : Arne Lygre 

Mise en scène et scénographie : Stéphane Braunschweig 

Avec Cécile Coustillac, Eva 

Clotilde Mollet, Astrid 

Chloé Réjon, Sara 

traduction : Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka


A notre place © Simon Gosselin
A notre place © Simon Gosselin

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