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Le consentement

L’exercice n’était pas si aisé : adapter au théâtre Le consentement de Vanessa Springora, livre au retentissement gigantesque qui a provoqué une véritable prise de conscience de l’opinion publique sur la pédophilie.

Il est largement réussi grâce à une mise en scène intelligente de Sébastien Davis qui laisse toute la place à un texte implacable et dramaturgique : Un père aux abonnés absents qui a laissé dans mon existence un vide insondable. Un goût prononcé pour la lecture. Une certaine précocité sexuelle. Et surtout un immense besoin d’être regardée ; toutes les conditions sont maintenant réunies.Le décor est planté. 


On ajoutera que Ludivine Sagnier, jogging gris et t-shirt à bretelles, a le ton juste. Elle interprète finement et sans surjouer, une multitude de personnages ;  la jeune fille de 14 ans dite V., sa mère, G. M son amant, l’écrivain Emil Cioran ou une psychanalyste qui vient à son chevet alors qu’elle est hospitalisée pour des douleurs articulaires, symptômes de sa détresse. A la parole s’ajoute le jeu du corps, dont l’énergie vive n’en est pas moins maîtrisée, comme un miroir charnel du récit. 

Pour accompagner le texte, la musique composée par Dan Levy joue un rôle central. Personnage à part entière de la pièce, elle s’incarne dans la présence d’un musicien et batteur, Pierre Belleville. A la fois sourde, entêtante et violente, elle décuple les états intérieurs de V., son trouble et la tension qui surgissent dans la relation avec G.M Autre belle invention, la transformation de la voix de Ludivine Sagnier lorsqu’elle passe derrière l'immense cyclo blanc translucide en fond de scène. On ne distingue alors plus qu’une silhouette fantomatique à la voix métalique et inhumaine, un spectre. Est-ce alors l’image d’un personnage de fiction surgit du cerveau démiurge d’un écrivain ou celui de V. une jeune femme bien réelle ? A travers cette image et cette voix, on ressent la dissociation du corps et de l'esprit de la jeune fille. Une magnifique idée de théâtre qui rend le traumatisme palpable, vivant.






Ludivine Sagnier © C. Raynaud de Lage



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