La luz de un lago
- artiphil

- 11 nov. 2025
- 3 min de lecture
Au Théâtre de l’Odéon, le collectif catalan El conde de Torrefiel propose La luz de un lago, une expérience théâtrale puissante qui active l’imaginaire du spectateur et l’immerge dans ses émotions. Un spectacle singulier qui casse les codes du théâtre classique.
Première surprise avec La luz de un lago, le public s’installe directement sur le plateau du théâtre de l’Odéon et non pas comme à son habitude dans la salle, un dispositif qui laisse pressentir un spectacle qui brouille les pistes.
Puis une femme aux lunettes noires, coiffée d’un large chapeau prévient en espagnol : “Ceci est un film d’amour. (...) Les personnages de ce film n’ont pas d’images; ils ne sont que des mots”. Après la singularité du lieu, le prologue, qui énonce les règles du spectacle pourtant précises et claires, interroge. On est au théâtre mais on nous annonce un film, film qui plus est sans images. Bienvenue dans La luz de un lago du collectif El Conde de Torrefiel, qui s’est fait depuis 2010, un nom grâce à une esthétique visuellement forte, alliant chorégraphie, texte et arts visuels.
La narratrice disparaît, laissant la place à une voix off qui va raconter quatre histoires, quatre fragments de vies : une rencontre amoureuse lors d’un concert de Massive Attack (Manchester, 1995), un rendez-vous clandestin dans un cinéma (Athènes, 2012), une soirée dans la vie d’une biologiste transgenre (Paris, 2024), et une première à l’opéra (Venise, 2036). Quatre récits entrelacés où chaque histoire se trouve à son tour à l’intérieur d’une autre histoire, comme des poupées russes. Quatre instants qui se prolongent dans la durée des récits imbriqués. Le tout sans images ou presque, mais avec un habillage sonore qui enveloppe, rythme la narration et déclenche les images manquantes.
La disparition de l’image
“La création de La luz de un lago repose sur la question suivante : « À quoi ressemblerait une pièce de théâtre où le son l’emporterait sur l’image ? ». Cette pièce se veut la réponse à cette question, elle a été conçue en donnant la priorité à ce que l’on entend sur ce que l’on voit, afin d’activer les images par le biais du son” précisent Tanya Beyeler et Pablo Gisbert, les deux fondateurs du collectif et auteurs du spectacle.
Ce procédé fonctionne parfaitement dans les deux premières histoires ; celle de la rencontre de deux jeunes gens dans un concert en 1995 à Manchester, puis l'histoire d’amour empêchée entre deux homosexuels à Athènes en 2012. La voix off qui raconte de manière très réaliste les récits, l’environnement sonore qui les accompagne et sur lequel se calent parfaitement les lumières : cette combinaison déclenche l’imaginaire du spectateur. Les sens en alerte, chacun se met alors à construire mentatement son propre spectacle.
L’expérience perd malheureusement de sa puissance dans les deux dernières histoires ; celle d’une biologiste transgenre qui lit une lettre de sa grand-mère dans lequelle elle la somme de rester elle-même et le manifeste artistique assez ridicule d’activistes à la Fenice de Venise en 2036. Le discours théorique prend alors le pas sur les sensations et grippe la machine-cerveau à produire ses propres images.
Sur le plateau, les quatre personnages qui déplacent et reconfigurent des écrans quasiment vides de signes ne suffisent plus à immerger le spectateur et l'effet tend à se déliter.
Si le spectacle de Tanya Beyeler et Pablo Gisbert ne convainc pas totalement à cause d’un texte par endroit trop faible, il réussit malgré tout à nous embarquer dans un voyage intérieur qui fait vibrer nos émotions, à tenter !
La luz de un lago
Festival d’Automne
Conception et dispositif El Conde de Torrefiel
Mise en scène, texte et dramaturgie Tanya Beyeler, Pablo Gisbert
Avec Mireia Donat Melús, Mauro Molina, Isaac Torres
Scénographie El Conde de Torrefiel, Isaac Torres
Création lumière Manoly Rubio García
Création sonore Rebecca Praga, Uriel Ireland
Création vidéo Carlos Pardo, María Antón Cabot



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