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Festival d’Avignon : Là personne de Geoffrey Rouge-Carrassat

  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

Là, personne ou La personne ? Le titre lui-même questionne et sème le doute. A la chapelle du Théâtre des Halles, le comédien et auteur Geoffrey Rouge-Carrassat signe un monologue inquiétant et captivant. À partir d'une histoire en apparence anodine, l'auteur et interprète explore les mécanismes invisibles de l'emprise et interroge notre capacité à accepter volontairement inacceptable.

Tout commence par un événement étrange. Deux soirs de suite, à quelques mètres de sa maison de l’autre côté du fossé, une personne observe le narrateur à travers la fenêtre de sa cuisine. Cette anecdote devient le point de départ d'un récit allégorique dans lequel cet individu entre peu à peu dans sa vie. On ne saura rien de ce personnage - "une tâche jaune éclatante dans le coin de l’oeil du narrateur" - mais on verra comment, jour après jour, il fait modifier les comportements et la qualité des gestes de sa proie. Au fil du monologue, on voit, on ressent, le lent processus par lequel la violence s'installe jusqu'à devenir presque ordinaire. Le basculement est subtil, insidieux. La personne traverse le fossé, vient s'asseoir sur une chaise sur la terrasse. Elle ne parle pas mais le narrateur devine ce qu’elle attend de lui. Peu à peu, son espace vital se rétrécit, son jugement s’altère, ses gestes milimétrés entrent dans une routine que rien ne doit troubler, ses proches s'éloignent.


Quand le théâtre donne corps à l'emprise 


Sans jamais adopter un ton démonstratif, Geoffrey Rouge-Carrassat donne corps à la relation d’emprise en tant que tel, c’est là toute l'intelligence du spectacle. Son écriture se déploie avec une redoutable précision. Par petites touches, elle traduit les nuances émotionnelles du narrateur et installe un malaise diffus qui ne cesse de gagner du terrain. Scènes après scènes, le spectateur est captivé, sous tension. Le choix de la maison comme allégorie du corps du narrateur est aussi une excellente idée. Ce foyer, il l’aménage d’abord selon ses propres goûts puis en fonction de ceux de la personne car “véritablement, elle savait mieux que moi ce que je voulais. Les jours où la personne n'était pas là, je préférais ne pas avancer sur le chantier. Je préférais attendre. Il me semblait que, décider sans son regard, c'était se priver de la vérité”. On ne dévoilera pas la fin du spectacle, mais Geoffrey Rouge-Carrassat surprend par une très belle idée de scénographie qui fait changer d’échelle l’emprise, menace qui n’est jamais loin, qui plane sur nos vies. 


Là personne

A 16h40


Texte, scénographie et interprétation Geoffrey Rouge-Carrassat

Création lumière Emma Schler

Création musicale et sonore Nicolas Daussy

Texte publié chez Esse Que Éditions

Compagnie La Gueule Ouverte


Geoffrey Rouge-Carrassat dans Là personne © L. Rousseau-Fouchs
Geoffrey Rouge-Carrassat dans Là personne © L. Rousseau-Fouchs

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