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Festival d'Avignon : Badjens

  • il y a 23 heures
  • 2 min de lecture

Tiré du livre de la journaliste franco-iranienne Delphine Minoui, Badjens nous plonge dans la vie d’une jeune iranienne de 16 ans qui décide de brûler son voile lors des manifestations de 2022 contre le régime islamiste. Un récit poignant qui mêle images d’archives et chants orientaux à la performance scénique remarquable d’Alice Rahimi. Au 11 Avignon, du 4 au 23 juillet.


Badjens signifie "mauvais genre", mais aussi "effrontée" en persan. C’est le surnom qu’une mère donne à sa fille Zahra, le jour de sa naissance, alors que la sage-femme s’excuse auprès du père et du grand-père de l’arrivée d’une fille dans la famille. D’avant même sa naissance jusqu’au geste fatal de ce mois de septembre où la jeune fille brûle son voile dans l’espace public, Delphine Minoui raconte le parcours d’une adolescente qui veut tout simplement vivre libre.

La force du spectacle s’incarne dans le récit de vie de Badjens, empêchée depuis qu’elle est née. Contrainte de porter le voile à partir de ses 9 ans, la fête promise par la maîtresse se transforme en cauchemar quand elle reçoit son voile de prière à fleurs et le voile-cagoule qu’elle devra désormais porter dès qu'elle mettra un pied dehors. A ce moment précis, elle entame son dédoublement : elle sera Zahra (fille préférée du Prophète) à l'extérieur et Badjens pour elle-même et sa meilleure amie. 

La comédienne Alice Rahimi, tout en émotions et en tension, met au service du texte sa belle palette de jeu. Elle est l’adolescente espiègle qui, porte fermée, danse sur de la pop et regarde des séries Netlix. Elle est aussi la jeune femme peu à peu envahie par la révolte, qui fugue pour taguer “Femme, vie, liberté” sur le mur blanc à deux pas du bureau de la milice.


Badjens, c’est l’histoire d’un corps 


Propos fort du spectacle, le corps, sujet de toutes les attentions de la part des mollahs, des hommes et enfin de l'héroïne. Un corps qui s’enroule et disparaît entièrement sous un immense voile rouge au son d’une transe envoûtante interprétée par une chanteuse et un musicien présents sur le plateau. Un corps qui ne lui appartient plus lorsqu’il faut cacher ses cheveux, un corps aussi abusé par un cousin qui lui sert de chaperon. Pour traduire cette entrave qui freine l'irrévérente Badjens, la musique et le chant jouent un rôle déterminant dans la pièce. Combinée aux images d’archives et aux motifs abstraits perses projetés, la voix, qui cristallise le tourbillon de violence et de vie de la jeune fille, n’en finit pas de nous hypnotiser.

Un spectacle magnifique qui rend hommage à l’inconscience, au courage et à la soif de liberté de la jeunesse iranienne. Grand coup de cœur du Festival d’Avignon 2026 !

 

A 18h40

Relâche le 10 et 17 juillet

 

Texte, mise en scène et scénographie : Delphine Minoui 

Avec Alice Rahimi

Chant : Hura Mirshekari et Fiona Sanjabi en alternance

Musique : Renaud Satre (N9nE)

Création musicale : Hura Mirsheraki, Fiona Sanjabi et Renaud Satre

Création vidéo : Ralph Moussa


Badjen © M. Tihon
Badjen © M. Tihon

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