top of page

Festival d’Avignon : Le silence de Claire Lagrange de Céline Delbecq

  • il y a 4 jours
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Claire ne parle plus. Elle passe ses journées à peindre lentement avec de la gouache pour enfants dans une maison de repos loin de la ville. Jean et Silvia, deux autres pensionnaires l’observent et cherchent à comprendre les raisons de ce silence. Céline Delbecq, autrice et interprète, livre un spectacle délicat et profond sur la fragilité des êtres et l’effritement de l’attention aux autres. Au Théâtre des Doms jusqu’au 25 juillet. 


Sur une petite table en bord de plateau est posée une maquette de la salle commune de la maison de repos. Claire, assise à sa table de peinture, Silvia, Jean et Madame, la directrice du lieu, sont représentés par des figurines Playmobil. En retrait, Céline Delbecq s’installe de dos à son bureau. Elle  lance le récit et les playmobils s’animent, manipulés avec délicatesse par Louison de Leu. Filmés, ils sont projetés sur un grand écran placé en fond de scène. La magie opère et nous voilà plongés dans le foyer de cet établissement bordé par une épaisse forêt Les voix des figurines sont interprétées par l’autrice quand elle est de dos à son bureau. Elle se retourne face au public pour incarner Madame Lagrange, la mère de Claire et Roméo, son fils de cinq ans, confié à sa grand-mère depuis que Claire vit loin d’eux. 


Des vies malmenées qu’on ne sait pas réparer


Pourquoi Claire ne parle plus ? Quelle est la cause de la décompensation qu’elle a subi et qui l’a conduite dans cet établissement ? A travers les mots de la mère de Claire, on devine un lourd traumatisme d’enfance. Le décalage est profond entre Madame Lagrange qui parle vite, assène ses vérités et ne finit pas ses phrases et Jean et Silvia, calmes, qui questionnent et analysent. Par ce truchement, Céline Delbecq nous tend un miroir peu flatteur sur l'incapacité des familles et plus largement de la société, à écouter les victimes et à les aider. Leurs réponses à ce type d’accident ? S’éloigner d’elles et leur prescrire des traitements médicamenteux qui les enferment dans un isolement encore plus lourd. En utilisant ces jouets d’enfants, elle dénonce plus violemment encore, la manière dont nous prenons soin de ceux qui ont été abîmés, le manque d’attention et de temps qui altère et détruit la relation à l’autre. Ce parti-pris donne une belle force au spectacle et intensifie la justesse de la parole de Jean et Silvia, qui eux, prennent le temps de chercher à comprendre. Si Céline Delbecq délivre beaucoup de messages (peut-être un peu trop ?) : les violences faites aux enfants, les traitements psychiatriques, le manque d’écoute dans l’éducation, le délabrement de nos structures de soin, la recherche de performance, l'art comme réponse thérapeutique… ce spectacle dense et riche est une très belle découverte de ce festival d’Avignon 2026.


Sybile Girault


Le silence de Claire Lagrange

A 12h30


Écriture et mise en scène : Céline Delbecq

Interprètes : Céline Delbecq, Isabelle Darras et Louison De Leu (en alternance)

Scénographie : Ronald Beurms

Création sonore : Pierre Kissling

Création vidéo : Alice Piemme

Création lumières : Jérôme Dejean

Costumes : Elise Abraham

Création technique : Aurélie Perret


Céline Delbecq dans Le silence de Claire Lagrange © A. Piemme
Céline Delbecq dans Le silence de Claire Lagrange © A. Piemme



Commentaires


bottom of page