Ma nuit à Beyrouth de Mona El Yafi
- artiphil

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Récompensé lors du Festival Impatience 2025, ce spectacle, avec une légèreté de moyens et une inventivité rare, touche au cœur. Un hymne à l’amitié, aux mots et à la danse pour surmonter les traumatismes d’un pays toujours en crise.
Il fait noir, très noir sur le plateau. Le spectacle commence et les lumières tardent à se rallumer... Chacun peut mesurer dans sa chair l’opacité de l’ombre, l’inconfort qu’elle procure à force de se prolonger... Alors qu’on s’interroge – désespère ? – les deux protagonistes de Ma Nuit à Beyrouth apparaissent. L’homme, Nadim, se met à danser sur une musique électro et une voix en arabe. D’emblée, on est saisi par la virtuosité corporelle de l’artiste tandis qu’il s’anime et donne à voir son histoire. Son histoire, c’est la femme, Aïda, amie et compatriote qui va l’aider à la mettre en mots. Celle-ci raconte comment Nadim, de retour au pays, a voulu refaire son passeport en décembre 2021. Mais un an après les explosions du port de Beyrouth, dans un pays affaibli par vingt ans de guerre civile et un effondrement systémique, le parcours administratif qui devrait être une simple formalité se transforme en véritable cauchemar.
Dans une ville fantôme, sans électricité, Nadim attend contre un mur durant quatre nuits. Quatre longues nuits blanches et froides pour obtenir un ticket, ce fameux ticket sans lequel il n’y a pas la moindre chance de refaire son passeport. Sauf pour certains, qui arrivent à franchir mystérieusement les portes du ministère en voiture et au petit matin... Une corruption bien présente, symbole de la faillite de l’État libanais qui n’est même plus capable de fournir de l’électricité à son peuple et d’éclairer les rues... Ainsi, une des phrases les plus dites en libanais et que comprend tout le monde : Fi Karaba ? (Y-a-t-il de l’électricité ?) – Mafi Karaba (Il n’a pas d’électricité).
Cette aventure autobiographique, Nadim, à la scène comme à la ville, a su la traduire avec son corps dans une chorégraphie singulière et envoûtante. On rit de la facétieuse danse du ticket d’or, on a la larme à l'œil devant celle du corps entravé dans une queue interminable, coincé entre deux mannequins de carton. Mais les mots sont également très présents pour rendre compte de l’expérience de l’humiliation. Ici tout le talent de la franco-libanaise Mona El Yafi, qui incarne Aïda, se révèle. Autrice et metteuse en scène de la pièce, elle a choisi un style télégraphique et lapidaire pour évoquer le récit de Nadim. La structure répétitive du verbe agit comme une mélopée entêtante qui vous enveloppe et vous emmène à Beyrouth. On y est d’autant plus que la bande sonore a été créée par Najib El Yafi à partir d’éléments enregistrés dans la capitale libanaise. Celui-ci mélange avec justesse des musiques orientales traditionnelles et d’autres plus modernes achevant de nous emporter. Un mot enfin sur le décor, un mur tagué qui s’avère protéiforme et les lumières avec leur travail soigné sur le clair-obscur, parfairent à nous convaincre. Le travail qualitatif de toute une troupe qui n’a pas manqué d’emporter l’adhésion des Prix des lycéens du Festival Impatience 2025. Un succès bien mérité, Mabrouk !
Emmanuelle Ziadé
Ma Nuit à Beyrouth de Mona El Fayi
Texte et Mise en scène : Mona El Yafi
Chorégraphie : Nadim Bahsoun
Interprétation : Nadim Bahsoun, Mona El Yafi
Création sonore : Najib El Yafi
Création lumière et régie : Alice Nédélec, Océane Farnoux
Costumes : Gwladys Duthil
Prix lycéen du festival Impatience 2025
En tournée en 2026
Le 23 janvier 2026 à 14h30 et 20h au Vivat à Armentières
Le 3 février 2026 à 19h30 au Safran à Amiens
Le 13 février 2026 à 19h au Centre Culturel Houdremont de La Courneuve
Le 8 avril 2026 à 20h30 Scènes d’Abbeville
Le 5 mai 2026 à 14h et 20h à L’Oiseau Mouche de Roubaix
Le 22 mai 2025 à 14h30 et 20h30 au Centre Culturel François Mitterrand à Tergnier
Le 13 au 19 juin 2026 deux représentations au Festival Dol’En Scène à Dolisie (République du Congo)


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