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Les bonnes de Jean Genet

il y a 3 heures
3 min de lecture

Créée en avril 1947 à l’Athénée dans une mise en scène de Louis Jouvet, la pièce de Jean Genet retrouve aujourd’hui la grande salle du théâtre, portée par la troupe de la Comédie-Française et mise en scène par la Catalane Carme Portaceli.


Sur le rythme déchaîné d’un morceau de rap de Kery James, Solange (Elissa Alloula), une des deux bonnes, parsème la scène de roses rouges. Sol noirs et murs bleus profonds, baignoire et lavabos émaillés de blancs, la salle de bain de Madame (Anna Cervinka) devient le décor d’un huis clos sans issue pour un trio infernal de haute volée. 


Violence de classe et haine de soi


Dès la première scène, la violence éclate. Celle des bonnes, d’abord, dans leur jeu sadique où Claire (Édith Proust) joue le rôle de Madame et se fait maltraiter par sa sœur Solange jusqu’à l’étranglement. Celle de Madame ensuite, qui débarque, le jeu des deux bonnes à peine achevé. Sa gentillesse mielleuse laisse soudain place à une froideur menaçante lorsqu’elle découvre que des objets ont été déplacés dans la maison. Et puis, la violence qui lie les deux sœurs, prises dans une haine réciproque, aussi féroce que celle qu’elles vouent à leur maîtresse. Mais comme avec Madame, elles sont incapables de se quitter. C’est bien l’enfermement dans l’espace de la maison et dans des relations dont elles ne parviennent pas à s’affranchir, l’échec de leur émancipation et l’impossibilité d’être autre chose que ce que l’on a fait d’elles qui nourrissent une colère inouïe. Une violence de classe et une haine de soi que les trois comédiennes interprètent avec justesse et dans un rythme nerveux. Un rythme qui se casse à la seconde même où Madame entre en scène. 


Des corps et des identités brouillées 


C’est à la vue de Madame, transformée en vulgaire cocotte dans la mise en scène de Carme Portaceli, que les deux sœurs se figent, contiennent leurs gestes et se transforment en de sages automates.  

Les corps d’Elissa Alloula et d’Edith Proust impriment cette domination. Leurs gestes mécaniques remplacent soudainement l’énergie et la vitalité des premières scènes. “Car Madame est bonne ! Madame est belle ! Madame est douce !”. Mais si les corps sont empêchés, la parole prend le relai pour continuer à brouiller les identités. Le poison destiné à Madame n’a alors plus qu’à trouver une nouvelle cible : une des deux bonnes. C’est Claire, qui finalement le boira, “versé dans le service le plus riche, le plus précieux, alors que Solange, face au public, reste immobile, les mains croisées comme par des menottes”.

Le tombeau se referme sur ce jeu à trois. Quand Claire boit le tilleul, la mort est là, mais elle n'étonne personne, pas même Solange. Car la pièce de Genet n'est pas un meurtre mais l'image de deux femmes qui n'ont jamais cessé de jouer leur propre exécution. 


Les Bonnes

 

Texte : Jean Genet

Mise en scène : Carme Portaceli

Avec la troupe de la Comédie-Française

Dramaturgie : Inés Boza

Scénographie : Paco Azorín

Costumes : Silvia Delagneau

Lumières : David Picazo

Musiques originales et son : Jordi Collet

Travail chorégraphique : Ferran Carvajal

Assistanat à la mise en scène : Ruth Orthmann


Madame : Anna Cervinka

Solange : Elissa Alloula

Claire : Edith Proust


Edith Proust Elissa Alloula dans Les bonnes de Jean Genet avec la troupe de la Comédie Française                      © A. Poupeney
Edith Proust Elissa Alloula dans Les bonnes de Jean Genet avec la troupe de la Comédie Française © A. Poupeney


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