4.48 Psychose de Sarah Kane : le cri de vie et de mort de Sandrine Bonnaire
Après L’amante anglaise de Marguerite Duras, le metteur en scène Jacques Osinski met en scène 4.48 Psychose de Sarah Kane avec une nouvelle fois Sandrine Bonnaire dans le rôle-titre. Frédéric Leidgens dans le rôle du psychiatre, ponctue la pièce d'apparitions vidéo.
Dans une lumière dorée, Sandrine Bonnaire, pieds nus débardeur noir et jean, fixe un long moment le public avant d’entamer le dernier texte de théâtre écrit par l’autrice britannique Sarah Kane en 1998, quelques mois avant son suicide. Composée à la fois de fragments poétiques, d’adresses à un être aimé et aux spectateurs, de bribes de conversation avec son psychiatre, 4.48 Psychose est un cri de désespoir et de violence mais aussi de vie et d’amour.
Un élan vital dans un désir de mort
L’intensité de la voix et du regard de Sandrine Bonnaire, la tension de son corps expriment avec force et précision l’enfer de la dépression et des traitements médicamenteux. Mais c’est aussi son énergie nerveuse et solaire qui transmet l’élan vital du texte de Kane. Car ce texte, écrit sous la forme de 24 fragments, scrute les recoins d’une psyché rongée par la solitude et la souffrance de vivre mais aussi remplie d’amour et d’absolu.
La comédienne, très bien dirigée, interprète le texte comme une partition musicale. Elle module sa voix, accélère puis ralentit, crie sa colère frontalement au public puis se met en retrait en fond de scène derrière un micro sur pied, comme spectatrice de sa propre maladie. Ces variations traduisent avec précision la fragmentation du texte de Kane, fragmentation qui elle-même renvoie à l’état mental de la narratrice. Car sa psyché explose et ne fait plus toujours la différence entre le réel et l’imaginaire. C’est cette dissolution des frontières, produite aussi par les traitements, qui la plonge dans la violence inouïe de la dépression et l’empêche de continuer à vivre.
Les mots de Kane et la magnifique interprétation de Sandrine Bonnaire produisent une expérience concrète, tangible de cet état de dépression sur le spectateur. Ces mots percutent le public et réussissent à faire ressentir cette dissolution de son identifé. C'est là toute la puissance et la beauté de la pièce.
4.48 Psychose Sarah Kane
Traduction : Vanasay Khamphommala, © L’Arche Éditeur
Mise en scène : Jacques Osinski
Avec Sandrine Bonnaire
Et avec la participation de Frédéric Leidgens
Scénographie - Vidéo : Yann Chapotel
Lumières : Catherine Verheyde
Dramaturgie : Marie Potonet
Pour aller plus loin
Sarah Kane, Bardot et Duras avec Sandrine Bonnaire, Comme un samedi, France Culture, septembre 2026 :




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