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Hugues Duchêne : la politique à l'oeuvre

Pour Hugues Duchêne, jeune comédien et metteur en scène de 33 ans, le théâtre est par essence politique. Mais alors qu’il est apprenti comédien au conservatoire de Lille et qu’il fréquente comme spectateur le Théâtre du Nord, il ne retrouve pas sur le plateau la politique telle qu’il la vit. Une politique du quotidien, humaine, celle qu’on lit dans la presse, celle qu’il pratique avec ses camarades des Jeunes Socialistes. Ces camarades avec lesquels il milite, il ne les croise d’ailleurs jamais au théâtre. 

C’est pour réconcilier ces deux mondes et faire entrer la politique au théâtre, qu’il crée en 2011 Le roi sur sa couleur, puis Je m’en vais mais l’état demeure, une série de six pièces/épisodes qui retracent l’élection puis le quinquennat d’Emmanuel Macron entre 2016 et 2022. Partageant le quotidien de ceux qui accompagnent ces hommes et des femmes politiques (militants de tous bords, attachés parlementaires, journalistes, communicants...), il embarque le spectateur dans un théâtre documentaire qui convoque le réel sur le plateau. Avec des moyens très simples ; quelques accessoires, des photos prises sur le vif des événements qu’il met en scène, un jeu d’acteur précis et rythmé, il raconte avec humour les événements qui agitent le landerneau politique et médiatique français. On y voit surtout les tactiques qui échouent, les sorties de route, les dérives de la politique-spectacle. Et on se dit que pour Hugues Duchêne, la politique est avant tout une affaire de volontés et d’intentions qui heurtent de plein fouet le réel. Car ces tentatives qui réussissent parfois mais échouent souvent, c'est bien ce qui l'intéresse.


Avec son dernier spectacle, L’abolition des privilèges, présenté au Théâtre 13 à Paris le mois dernier avant de partir à Avignon cet été au Théâtre du Train Bleu, la démarche est identique : partager un moment éminemment politique ; la nuit du 4 août 1789, qui se rejoue dans une temporalité et dans un lieu d’aujourd’hui. La pièce, adaptée d’un roman historique de Bertrand Guillot, retrace d’abord les événements de la nuit du 4 août, puis nous entraîne 15 ans plutôt, pour enfin finir par le récit des jours qui suivirent le 4 août. 

Grâce à un écran qui fait défiler les heures de la nuit ou les années qui précèdent 1789, Hugue Duchêne plonge habilement le spectateur dans le récit historique qui advient dans le moment présent. Seul en scène, le comédien Maxime Pambet incarne avec une belle énergie une large galerie de personnages : des députés du Tiers-Etat aux forts accents régionaux, le Vicomte de Noailles ou le jeune Talleyrand. Dans ce dispositif quadrifrontal qui rappelle la première assemblée et où il fait résonner l’Histoire avec notre époque troublée, Pommerat et son spectacle Ça ira, la fin de Louis ne sont évidement pas loin.  


“Ça ira !”, au sens propre de mot, c’est d’ailleurs ce qu’on pourrait retenir de ce spectacle qui rend hommage à l’action politique d’hommes et de femmes qui, ensemble, réussirent à faire entrer la France dans la modernité. Une leçon d’optimisme qui fait du bien à l’heure où le débat démocratique souffre. Mais fidèle à lui-même, Hugues Duchêne n’en reste pas là, il crée du dissensus en posant la question des privilèges et ce qu’ils recouvrent aujourd’hui : " privilège écologique, de race, économique ? Ne voit-on pas, encore et toujours les privilèges qu’on n’a pas ? " s'interroge-t-il d’une voix grave et réfléchie dont les accents histrionesques ne sont pourtant jamais loin. 


L'actualité d'Hugues Duchêne


L’abolition des privilèges du 3 au 21 juillet au Théâtre du Train Bleu à Avignon


On retrouvera H. Duchêne dans Amour à mort, spectacle de théâtre musical de Leonardo García Alarcón et Jean-Yves Ruf à La Cité bleue de Genève en mai et dans Les raisins de la colère de Steinbeck mis en scène par Hugo Roux au Théâtre Le 11 à Avignon du 2 au 21 juillet 2024.



Hugues Duchêne © L. Guillaume



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